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Petite réflexion de philosophie syndicale au milieu d’une grève... (épisode 2)

jeudi 12 décembre 2019

Episode 2 de la chronique - La cfdt était-elle différente ?

La CFDT annonce rejoindre un mouvement de grève que la CFDT cheminot avait déjà entamé. Le camp de la CGT se félicite d’une union syndicale d’autant plus nécessaire qu’à l’exception des irréductibles défenseurs des régimes spéciaux (c’est-à-dire ceux privilégiant les salariés de la SNCF et de la RATP), le mouvement s’essoufflait.

Mais l’analyse est-elle aussi simple ? La CFDT s’était-elle réellement désolidarisée pour mener une négociation qu’elle dénonce aujourd’hui impossible et justifierait son ralliement à la grève ? La réalité nous semble plus complexe.

La CFDT était déjà dans la grève politique qui a uni tous les syndicats représentatifs (une première depuis dix ans), contre le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron au lendemain de son élection. Que celui-ci doive faire face à une extrême droite, venue jusqu’au second tour des présidentielles, n’émouvaient pas ces indignés de notre démocratie libérale. Ce faisant, la CFDT a démontré qu’elle considérait que n’étaient pas assez socialistes à son goût, les socialistes acceptant le libéralisme. Or, cette tradition, incarnée par Jacques Delors, qui a oeuvré pour l’amélioration de notre marché unique européen, ainsi que Pierre Moscovici, qui était un membre de la précédente commission européenne, cette tradition donc faisait du parti socialiste un grand parti. Elle se retrouve chez Emmanuel Macron, et sa reforme des retraites est « une grande réforme de gauche » selon la formule de Nicolas Bouzou. En rejoignant le camp de l’extrême gauche, la CFDT ne crée donc pas la surprise.

Mais la dissension entre la CFDT et Emmanuel Macron est-elle véritablement politique ?

L’entente cordiale entre la CFDT et François Hollande était bien réelle et ce dernier incarnait aussi un socialisme acceptant le libéralisme. Il y avait une belle ornière, tracée depuis que la CFTC était devenue CFDT, renonçant à Dieu pour mieux embrasser le socialisme. Le monde était simple à cette époque. L’extrême gauche avait ses syndicats, les socialistes avaient les leurs. Notre drôle de Président actuel, avec ses élans de l’âme gaulliens, est sorti de l’ornière. Pour lui, il n’y a pas de cogestion avec les syndicats, il y a une représentation de la France. La réalité de l’opposition entre Emmanuel Macron et la CFDT est bien celle-ci, plus triviale.

Se drapant dans la gloire d’être le premier syndicat le plus représentatif de France, une France où seuls 11% des travailleurs sont syndiqués, la CFDT veut cogérer. Elle a raté la première étape, au lendemain de l’élection du Président, en se plaçant parmi ses adversaires de principe ; elle rate sa seconde étape en montrant qu’elle ne sait pas négocier la réforme des retraites. Car, pour négocier, il faut accepter de ne pas imposer.

Emmanuel Macron est le Président qui est arrivé au moment où le clivage droite / gauche est devenu plus flou. Certains disent même que c’est lui qui l’a rendu flou. Et c’est à ce moment qu’est devenu beaucoup plus clair que les syndicats avaient des ambitions politiques. Or, chacun doit rester à sa place : la défense des intérêts des travailleurs est légitime, croire que l’on peut diriger le pays par ce seul mandat ne l’est plus.

Il est bon d’être le SYNPER apolitique. Il est temps d’avoir un syndicalisme d’aujourd’hui. Il faut un syndicalisme qui accepte enfin le libéralisme, puisque c’est le seul système qui peut vraiment apporter du bien-être ; il est urgent d’avoir un syndicalisme qui sache négocier, car les marges de manœuvre sont étroites, le monde est mouvant et que la richesse créée doit être intelligemment partagée. Être immobile dans ses certitudes du passé, c’est reculer. La CFDT le montre clairement.


Voir les autres chroniques de la grève :

17 février - Episode 9 de la chronique - Imposture du réformisme.
13 janvier 2020 - Episode 8 de la chronique - Réforme des retraites ? une fin en conte de fées ?
30 décembre - Episode 7 de la chronique - Reprendre possession du syndicalisme
21 décembre - Episode 6 de la chronique - Le jeu de dupe
19 décembre - Episode 5 de la chronique - Y-a-t-il quelqu’un pour négocier ?
18 décembre - Episode 4 de la chronique - Est-ce que ce monde du dialogue social est sérieux ?
15 décembre - Episode 3 de la chronique - La contre-performance.
10 décembre - Episode 1 de la chronique - Qui est le fautif ? ?
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