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Le SYNPER est POUR la charte sur la Laïcité du conseil régional

jeudi 25 mai 2017, par synper


Que nos camarades du fond à gauche soient un peu coincés, politiquement, nous le savons. Ils nous le démontrent avec une constance et une rigidité sans faille. La Charte de la Laïcité présentée par le nouvel exécutif du conseil régional d’Île-de-France en est une parfaite illustration [1].

Pour la cfdt et la cgt, la laïcité est le problème des chefs et nous n’avons pas à en être les acteurs. La cgt va jusqu’à saisir le même jour, et dans les mêmes termes que le Front de Gauche le tribunal administratif de Paris pour faire annuler cette charte. Tous les deux demandes à Madame Valérie Pécresse non pas l’amendement du dispositif en l’améliorant par le débat contradictoire mais le retrait pur et simple de la charte ; tous les deux saisissent le même jour, le 9 mai, le tribunal administratif de Paris. C’est le grand soir.

Nous ne partageons pas ces méthodes et ce point de vue.

Pour le SYNPER, nous sommes tous acteurs et responsables du service public et donc de la laïcité. Nous l’avons affirmé en des termes simples lors du comité technique du conseil régional du 28 février 2017.

« Le SYNPER s’inscrit dans une conception pacificatrice de la laïcité qu’il perçoit, non pas comme une source de restriction des opinions religieuses et de leur expression, mais comme l’affirmation de la liberté de conscience. Notre laïcité n’est pas celle qui considère que la religion est l’opium du peuple. Nous pensons que la dimension spirituelle d’un être humain doit être respectée et défendue. Cette conception exige le principe de neutralité, notamment en interdisant à tout agent public de manifester ses croyances religieuses dans l’exercice de ses fonctions. Le but légitime est de garantir la neutralité des personnes publiques à l’égard des cultes. Le SYNPER défend cette vision neutre et impartiale de l’État.
La charte sur laquelle notre avis est sollicité rappelle que nul ne peut se prévaloir de convictions politiques, philosophiques ou religieuses pour ne pas appliquer les principes et valeurs de la République. Le SYNPER rappelle que, garants de cette neutralité, les agents publics ont toutefois le droit d’avoir des opinions religieuses comme tout citoyen. Ils ne peuvent faire l’objet d’une quelconque discrimination professionnelle en raison de leur adhésion à une croyance ou de leur incroyance.
La charte rappelle un peu rapidement que la liberté de conscience est garantie aux agents publics. Nous citerons deux exemples pour confronter ce texte aux pratiques. Les jours fériés sont, pour l’essentiel, issus de la tradition chrétienne, ce qui est susceptible de créer des difficultés pour les fidèles des autres religions dont les usages et les fêtes diffèrent. Une circulaire et notre règlement sur le temps de travail prennent cette situation en considération en ouvrant droit à des autorisations spéciales d’absence pouvant être accordées à l’occasion des principales fêtes religieuses des différentes confessions. Toutefois, ce droit doit souvent être défendu par le SYNPER car des refus abusifs ou des demandes de récupération illégales sont parfois émis par la hiérarchie. J’ai en mémoire une équipe de direction d’un établissement scolaire parisien qui se félicitait d’avoir imposé à une professeure de récupérer son autorisation d’absence pour Yom Kippour et qui riait de refuser systématiquement les journées à tous les ouvriers pour l’Aïd. Le SYNPER est intervenu et a fait respecter les droits. Le SYNPER ne laissera pas passer la laïcité de haine.
Des tensions apparaissent dans les cantines en relation avec les restrictions alimentaires de chaque religion et la manipulation de certains aliments par des agents préparant le repas. Le SYNPER a eu à aider un cuisinier ne souhaitant préparer que des repas halal et qui se trouvait dans un repli identitaire très préoccupant. La force de notre syndicat est qu’il considère que nos différences font notre richesse. En l’espace d’un an en notre compagnie, l’agent régional a compris que son identité ne devait pas se traduire par un isolement hostile par rapport aux autres. Sans renoncer à ses convictions, il a appris à apprécier à nouveau la diversité humaine.
Le SYNPER a très bien identifié que les identités deviennent ou peuvent devenir meurtrières lorsqu’elles sont conçues de manière communautaire. Elles opposent « nous » aux autres, favorisant une attitude partiale et intolérante, exclusive et excluante. Le SYNPER ne laissera pas passer cette conception qui détruit tout savoir vivre ensemble.
La charte de la laïcité et des valeurs républicaines sur laquelle nous sommes amenés à nous prononcer se fait l’écho des principes et des valeurs républicains auxquels le SYNPER adhère. Cependant, ces principes ne sont intéressants que dès lors qu’ils servent à réfléchir et à élaborer des réponses que les pratiques et le fait religieux posent dans notre collectivité.
Nous sommes favorables à une charte car elle rappelle nos valeurs, mais celles-ci doivent être confrontées à notre quotidien avec intelligence et bienveillance car on ne libère pas un individu de la haine par la haine. Le SYNPER souhaite participer à l’élaboration de la prévention des situations où le respect de nos valeurs peut être mis en péril et à la conception de mesures visant à enrayer les tentatives d’endoctrinement par des milieux religieux radicalisés. Ces aspects nous intéressent davantage que cette charte déclamatoire. C’est sur ce terrain que nous pouvons être utiles pour aller de l’avant. »

Franchement, la construction d’un savoir vivre ensemble est difficile. L’édifice sera toujours fragile. Et le débat sur l’amélioration de la prise en compte de la laïcité à la région Île-de-France ne peut pas être de qualité s’il repose sur des postures partisanes. Or, l’urgence est là : les valeurs de la laïcité ne sont pas déclamatoires, elles doivent s’appliquer. Et il faut les appliquer, ensemble.


[1La cgt, sud, la cfdt & force ouvrière s’y sont opposés. Heureusement le SYNPER, syndicat parmi les trois plus représentatifs à la Région IDF a débloqué la situation et approuvé cette charte. Le pourquoi de ces refus absurdes peut peut-être trouver un début d’explication dans l’article de Jacques Julliard « Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ? » publié par Le Figaro. Une démonstration supplémentaire de la pertinence de notre syndicalisme apolitique et laïc !